Corsica Catolica

Corsica, non avrai mai bene !

21 Septembre 2018, 21:47pm

Publié par Lucien Antoni

Cette prophétie de Pascal Paoli est-elle en train de se réaliser ? On pourrait le penser, à voir le désastre qui a suivi le faux triomphe des élections territoriales. Car la victoire électorale a vite fait de se transformer en déroute politique : les masques sont tombés, et le vrai visage des « nationalistes » s’est révélé. Le triomphe fut celui de la Ligue des Droits de l’Homme, et de son « humanisme ». La défense de l’identité corse fut supplantée par la volonté de créer un peuple nouveau, multi-ethnique, multi-culturel, ouvert au monde. Les auteurs de ce forfait l’ont avoué. Le doute n’est désormais plus permis : les propos « macroniens » des dirigeants n’étaient pas une ruse de guerre, c’était, hélas ! , la pensée profonde des « chefs », acquis à des idéologies mortelles pour notre peuple. Si ruse il y avait eu, elle s’était exercée contre la Corse ; et les électeurs avaient été floués.
Dans ces conditions la réaction de la « Cunsulta populara (en corse, notons-le en passant, on dit « populare », et non « populara » !) naziunale, est saine. La référence au manifeste du 5 mai 1976 est excellente, la « menace de mort » suspendue sur la Corse est bien réelle, ainsi que cette constatation : le peuple corse ne peut pas être maître de son destin dans le cadre de la République française ». Il faut être aveugle pour ne pas le voir. L’idéologie républicaine veut que l’on soit « français-français », mais que l’on ne puisse être « français-corse ». Il faut donc choisir : ou mourir à la Corse, ou mourir à la France. Pour nous, le choix n’est pas douteux. Dès l’origine nous savions que les identités provinciales étaient destinées à disparaître. Il suffit de penser au sinistre Abbé Grégoire. Déjà la France uniformisait. Elle était par ailleurs « une et indivisible ». Ce dogme républicain n’était que la sécularisation du dogme chrétien ( car nos bons apôtres républicains avaient fréquenté les écoles jésuites), qui voulait que l’hostie soit « une et indivisible », chaque fragment de l’hostie contenant le Christ tout entier. Ce qui était vrai pour le Christ était-il vrai pour la France ? Les révolutionnaires l’affirmaient ; et on eut beau assister à Evian, aux mystères de l’indivisible divisé, la formule ne prit pas une ride. Il est donc vain d’espérer un corps électoral corse. Politiquement il n’existe en France qu’un seul peuple, le peuple français. Jean-Pierre Santini est un homme sympathique, que nous savons très cultivé et pourvu d’un bon bagage marxiste, mais s’il espère encore pouvoir développer, avec 4000 personnes disposant de leur carte d’identité corse (dont l’auteur de ces lignes), il se trompe grandement et oublie ce qu’il vient de dire sur l’idéologie républicaine française. D’ailleurs, parler de « droit à l’autodétermination » est un leurre : on peut avoir un droit et ne pas l’exercer. Et quand on voit l’état de la société corse actuelle, il est clair que, s’il l’exerçait, il le ferait contre la Corse. Non ! Ne parlons pas de « droit à l’autodétermination », mais du devoir de libération nationale. Pascal Paoli était en minorité, mais c’est lui qui a été le Père de la Nation ; et, si l’on avait voté du temps de Jeanne d’Arc, la France serait aujourd’hui anglaise. L’Histoire nous apprend que ce sont toujours des minorités, quand elles sont ardentes, qui finissent par prendre le pouvoir, et deviennent alors majorités.
Mais il y a plus : Santini veut un « nationalisme » qui soit un « internationalisme » Il veut que le cercle devienne un carré ! N’aperçoit-il pas la contradiction ? Ne sait-il pas, lui le marxiste, que la nation est un obstacle à l’Humanité ? Cela, il ne peut l’ignorer. Le rêve marxiste est et reste celui d’une société apolitique, où personne ne commandera, où personne n’obéira ; en somme, le rêve de l’Age d’or. Que faut-il alors penser de son mouvement ? Tout porte à croire, hélas, que nous assistons à une nouvelle instrumentalisation du patriotisme corse. On se sert de lui pour servir une idéologie étrangère. On parle d’« identité corse », mais qu’est-ce que l’identité d’un peuple ? C’est son Histoire, tout comme l’identité de chacun de nous, c’est son histoire. Que devient quelqu’un qui a perdu la mémoire de ce qu’il est ? Rien ! à la lettre. Or, l’élément constitutif du peuple corse, ce n’est pas la pensée de Jean-Pierre Santini, si brillante soit-elle, c’est l’Eglise catholique et romaine. Sans elle, d’ailleurs, Pascal Paoli aurait-il été possible ? Jean-Pierre Santini se dit ouvert à tous ceux, sans exception, qui veulent œuvrer pour la libération nationale. Nous aussi. Eh bien ! Qu’il vienne à nous, au lieu de nous demander de venir à lui : il œuvrera à reconduire la Corse dans son essence, dans son Histoire – et non dans le « Capital » de Marx. Nous avons peu de chances d’être écoutés ; nous le savons ; mais au moins nous écrivons Cunsulta populare et non populara. Au moins nous parlons corse… et c’est bien la moindre des choses, quand on veut sauver sa patrie. « Corsica, non avrai mai bene ! » Serait-ce une malédiction ?

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